Dans Aspie je t'M Marie témoigne avec une extrême sensibilité de sa relation amoureuse avec un homme présentant le syndrome d'Asperger. Un témoignage fort qui se veut un phare, une petite étoile pour les personnes dans la même détresse que fut la sienne. Une très belle histoire d'amour.
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Extraits


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Tout ce temps, tout ce chemin, toute cette énergie,

tous ces élans pour te connaître, pour te comprendre

n’ont d’autre désir que celui de t’Aimer mieux,

de t’Aimer tout simplement.


photo du  net
1


...
      A plusieurs reprises des rafales retournèrent mon  parapluie et il me fallut à chaque fois faire volte-face pour le remettre à l'endroit. Je  pressai le pas pour arriver plus vite à l’abri. J'accédai enfin à mon véhicule et m'y engouffrai. Sur le pare-brise, les gouttes de pluie glissaient, se mêlaient puis roulaient, dévalant de plus en plus vite la surface lisse et pentue pour former de véritables ruisselets. Je restai un moment pensive à suivre leurs trajets croisés.


©photo MdA- Droits réservés

          — Etrange journée, me dis-je, mais je suis venue. J’ai eu le courage. Je l’ai fait pour lui, et pour moi aussi.

...

       Je tenais enfin un début d’explication, pas seulement celle du cœur, celle de la raison que j'avais cru perdre tant de fois ces dernières années. Le chemin s’ouvrait et j’étais décidée à le suivre pour aller plus loin, pour aimer davantage encore celui qui, un jour, était entré dans ma vie et l’avait bouleversée.               p.42-46
         

2
 ...
             Ce fut un enfant bien singulier que l’on m’annonça en juin, pour la rentrée à venir.
— Simon est un enfant différent, m'avertit le directeur de mon établissement,
— Différent … c’est à dire ?
— Simon est autiste.  
Autiste ! J’allais avoir un petit élève autiste !
             ...
  Simon n'exprimait que rarement son ressenti. En dépit de son détachement apparent aux événements et à son entourage, je le devinais pourtant très sensible et j’avais envie de mieux comprendre qui était vraiment ce petit garçon. Je me sentais curieuse et cela d’autant plus qu'intuitivement, il me semblait qu’un bout de voile se levait sur un autre mystère. 
...
En observant mon petit élève sur la cour de l’école, solitaire, perdu dans son monde, je me pris à imaginer une autre cour d'école, à quelques années de là, et, parmi d'autres enfants courant et jouant, un petit garçon aux cheveux clairs et aux yeux couleur de ciel, sage, silencieux et néanmoins élève appliqué et volontaire.
            Ce petit garçon, c’était Gabriel.       p.19-21

Pas bèche - Jules Bastien Lepage

7

  Gabriel avait réussi à surmonter seul sa différence. Il avait formaté sa vie en édifiant patiemment chaque étage, conscient de ce chaos qui s'opposait à faire de lui, à bientôt quarante ans, un homme épanoui et accompli. Il  s'en plaignait de plus en plus souvent : 
— Je me sens en décalage avec tout. Rien ne colle. Je ne suis dans les temps pour rien.
         …
        Si j'avais donné à Gabriel l’impulsion pour quitter le cocon familial ce fut bien à sa persévérance et à son attrait pour les études qu'il dut son entrée dans la vie active avec sa réussite au concours. Excepté l'espagnol, les épreuves orales s’étaient pourtant avérées peu concluantes. 
         ….

Il se classa pourtant troisième sur la liste complémentaire, assuré d’être appelé très vite.
        …    p.41-45


Mondrian

10
                ...

            Des balises se mettaient en place. Mes lectures, mon travail auprès de Simon, les équipes éducatives avec les professionnels hospitaliers et maintenant les cafés-rencontres m’éclairaient sur les aptitudes et les déficiences liées au TSA.
                 ...
            La plus importante des révélations, la plus douloureuse aussi fut celle concernant l’empathie, ou plus exactement le manque d’empathie, des autistes dont j'avais eu maintes fois à faire les frais.
            Je ne pouvais rien comprendre évidemment de ce manque d’empathie qui est une constante des plus flagrantes d’un syndrome que je n’avais pas encore identifié. 
             ....
Ah, Petit Prince ! Il fallait vraiment que je t'aime pour continuer à espérer et croire en toi !
            ...
            A ma place, sans doute bien des femmes auraient tourné les talons pour éviter de sombrer dans une relation destructrice.   p.61-81 

                  ...

Cette journée fut très belle. Il avait consenti à laisser son téléphone hors-ligne et nous pûmes profiter d’instants réellement empreints de douceur, la même que celle qui s’installait à chacune de nos rencontres. Loin de toute emprise, Gabriel pouvait redevenir lui-même, et retrouver la paix. Il y eut de doux échanges, des baisers mais aussi une drôle de confidence faite soudainement :  
— J’aime bien faire du tourisme avec toi.
— Tu aimes le tourisme avec moi ?
        — Oui, c’est agréable. Tu es de bonne compagnie.
Quelque peu décontenancée je répliquai :  
— C’est donc tout ce que tu aimes avec moi ?
             Gabriel mit un temps pour répondre.
— Non, ce n’est pas tout, dit-il sans sourire, en plissant le front, ce qui laissa supposer qu’il était intrigué par ma remarque, mais le tourisme j’aime bien.
J’essayai une fois de plus de dépasser mon ressentiment. Se moquait-il ? Souhaitait-il enfoncer le couteau du désamour ? Je ne percevais pourtant aucune méchanceté dans le propos, Gabriel se contentait de dire ce qu’il ressentait, c’était comme ça dans sa tête et je le pris ainsi, décidée de ne pas en faire un motif de souffrance supplémentaire. 
Plus tard je compris que le fait d’associer l’agrément du tourisme avec moi permettait de poser quelque chose de concret sur son sentiment amoureux. Le concret. Toujours le concret ! Pour le cérébral seul comptait le concret et l’amour n’est pas le concret ! Ce furent plus tard mes explorations du monde de l’autisme qui m’amenèrent à comprendre que le sentiment en tant que tel est une notion trop abstraite et naturellement trop affective, ce qui ne permet pas aux Aspies de lui octroyer une valeur en soi. La connexion amour-tourisme permettait à Gabriel d’intellectualiser ce qui lui échappait affectivement.
Cette idée s’expliquait et se justifiait parfaitement de par le fonctionnement de notre relation. Pour me rencontrer, la première fois, Gabriel avait traversé toute la France. Chacune de nos rencontres, depuis, se mettait en place avec le choix d’un lieu particulier pour un séjour joignant l’agrément de l’amour avec  celui de belles découvertes. Le « j’aime bien faire du tourisme avec toi » était le signe que cette connexion-là s’était parfaitement établie, de celles qui aident les Asperger à appréhender le monde dans ses multiples dimensions et les obligent pour ce faire, à se construire des passerelles propres à leur fonctionnement particulier. Des passerelles destinées à entrer dans l’affectif et le relationnel. Je ne devais donc pas me peiner mais au contraire me réjouir : le tourisme et l’amour allaient bien ensemble et c’était ainsi donner à notre amour une signification riche en couleurs et en promesses d’ouverture. C’était aussi une façon pas si désagréable au fond de se découvrir. Lui. Moi. Nous.  p.72-73


©photo MdA - droits réservés


11 

...
 
Ce qui pouvait m’ôter du doute fût que Gabriel acceptât de m'écouter et que nous puissions, dans un premier temps, confronter nos points de vue, car je le savais capable de  poser sur lui un regard objectif et admettre des vérités sur les aspects de sa personnalité qui gênaient ses comportements. En toute simplicité, nous avions déjà abordé sa susceptibilité ainsi que les aspects saugrenus et décalés de certains de ses agissements. Il convenait alors : 
— Tu n’as pas tout à fait tort .
J’avais donc bon espoir de l’éveiller à la vérité de son mystère.
— Tu es la seule femme qui a prêté attention à moi, et la personne qui me connaît le mieux. 
    J’avais été terriblement émue de cette confidence.

Ô si tu savais, mon Petit Prince, quel Amour a pu animer cette quête de toi, cette envie de te connaître, cette envie de sonder tes plus profondes et tes plus belles pensées !  Oui, tu étais secret mais je voulais aller au bout de ce secret pour t’aimer bien davantage.  p.84-85

...


 A. de S.Exupéry
 

12
          ...


Gabriel avait forcé son intellect à se persuader, à le persuader, que chaque événement ou chose avait une explication rationnelle. Il n’en restait pas moins vrai que lorsque l’événement se présentait pour la première fois et qu’aucun tiroir ne possédait la fiche : « expérience numéro tant », son cerveau reptilien se branchait sur le mode « panique à bord ».

… 

      Paradoxalement, sa naïveté pouvait le faire tomber dans l'excès inverse. Que quelqu’un se montre un tant soit peu attentif, il se livrait alors à n'importe quelle confidence se laissant en contrepartie conduire à n'importe quoi au risque de tomber dans les subtilités les plus mesquines. Gabriel le méfiant, Gabriel le rigide adhérait alors de bonne grâce à des dogmes qu’il avait pu combattre la veille, avec d’autres certitudes. Il racontait ainsi, à tort et à travers sa vie, et la mienne parfois, livrant à des gens que cela n’intéressait nullement, des précisions sur ses activités ou sur notre relation.


C’est aussi cette défaillance, cette inaptitude à juger ce qu’il est bon de dire ou de garder secret qui pouvait le jeter dans la gueule de n’importe quel loup.
          ...
 Sa nouvelle liberté, celle de s’exprimer plus facilement, celle d’évoluer en société avec plus de facilité à cacher sa défaillance, multipliait les risques de lui faire croiser des gens malintentionnés. Je savais qu’il ne pourrait s’en préserver et qu’il se mettait en péril avec des discours, des confidences qu’il faisait de plus en plus allègrement. Je me réjouissais de cette ouverture mais je savais que personne autour de lui n’était en mesure de l’initier à la réserve nécessaire et à une contrepartie intelligente qui pourrait le mettre à l’abri des abus.

 

©photo MdA - droits réservés


13
 
Gabriel riait souvent des bêtises des autres, même des plus salaces. J'avais du mal à comprendre comment, avec son intelligence et  l'esprit de répartie dont il était capable, il pouvait rire de vannes vulgaires et les répéter sans discernement.

— Ce n’est pas de ce qu’ils disent que je ris, c’est de voir comment ils sont bêtes.

J’avais un peu de mal avec ça, car le fait de prendre en compte ce qui était dit pour le répéter ensuite montrait bien que d’une certaine façon il y adhérait. Ce n’est que bien plus tard, une fois de plus, que mon analyse se fit  sous un autre angle. N’ayant jamais eu franchement de repères autour de lui pour juger du bien-fondé des choses, n’avait-il pas essayé de voir ce que moi-même je pensais de ces blagues pour se faire enfin une idée sur la façon normale de les interpréter ? J’avoue qu’à force de naviguer entre le dit et le non-dit, entre le premier degré et les degrés souterrains, je finissais moi-même par perdre mon latin dans le labyrinthe du cerveau de Gabriel.

Les labyrinthes !

Les labyrinthes étaient pour lui un monde qu’il affectionnait particulièrement : les vieux forts de la ligne Maginot, les usines désaffectées, tel un chat il aimait s’y perdre mais ne s’y perdait jamais car son sens de l’orientation était assez phénoménal. Le labyrinthe de son cerveau était en revanche autrement plus complexe autant pour lui, que pour moi. 
 ©photo du net - 123RF

...

En filigrane mon subconscient me soufflait que j’avais à faire à quelqu’un de différent sans que je puisse pour autant parvenir à situer la différence. Il ne pouvait être fou, il était à côté de cela tellement intelligent. Schizophrène? Je n’en connaissais pas toutes les manifestations mais cela ne me semblait guère plausible. A plusieurs reprises, l’idée qu’il cherchait à me faire souffrir exprès m’effleura. N’étais-je pas le jouet d’un homme exerçant sur moi une torture psychologique ? Un pervers narcissique peut-être ? 
...
Les doutes, les peurs, les incompréhension s’entremêlaient.
L'amour avec Gabriel était tout sauf une mer de la tranquillité.
 
Mon analyse pourrait sans doute être développée et rectifiée. Les professionnels de l’autisme sauraient mieux que moi étudier tous les points pour les analyser plus clairement et plus pertinemment. J’avoue que bien des choses m’échappent encore concernant ce que Gabriel est capable de recevoir, percevoir, coder et décoder. Si j’ai, à ce jour, beaucoup d’éléments de réflexions dans mes cartons, les stratégies qui pourraient m’aider à me sentir mieux et faire prendre conscience à Gabriel où se situent les cinq lettres du verbe AIMER sont quasi nulles. 
...
 On peut aimer une personne présentant des TSA, on ne peut jamais être sûr d’être aimé d’elle. Aimé d’amour je veux dire. Il faut se contenter du tourisme, ou du bien-être quotidien. Il faut se contenter de rituels et de routine. Il ne faut rien attendre, juste se laisser surprendre. Il n’empêche que je suis aujourd’hui persuadée que c’est en s’imprégnant, en marquant l’inconscient des neuroatypiques que l’amour les aide à s’élever. L’amour silencieux et invisible. L’amour absolu. Celui qui donne et ne doit pas attendre en retour. Emetteur-récepteur. Un point c’est tout. Mais si le message coince quelque part entre le récepteur et le renvoyeur, les ondes elles, font bien leur chemin. J’en suis à ce jour persuadée. Cet amour toujours renouvelé, permet à la personne atteinte de TSA de s’élever au rang d’être humain dans toute sa plénitude de la même manière que toute personne neurotypique.

p. 95 du paragraphe 12 

 Lire la préface de Maryse Maligne ici > clic 

A lire  aussi des extraits du livre sur le blog "Etre autiste aujourd'hui". > clic

 

3 commentaires:

  1. BONJOUR
    depuis quelques semaines j'ai "révélé" (grace à mes recherches et lectures dont ce superbe livre que vous avez su créer) le syndrome dont est doté mon ami ....biensur il y a eu soulagement....je crois que pour le moment il est surtout pour moi ce soulagement d'avoir su lui parler sans le perdre .ce qui me fait de la peine aujourd'hui : il comprend , il sait , il accepte ....mais ne VEUT PAS consulter , se fait une fierté de continuer à se débrouiller seul et comme il VEUT ....ok , comme d'hab je comprends , je respecte et l'écoute mais je suis de plus en plus attentive à ses moments d'angoisse dûs au harcelement ou aux attaques physiques potentielles....on en parle , il s'apaise,j'attends et l'accueille avec douceur et bonne humeur quand il a évacué son stress simplement en "cogitant" et en trouvant une stratégie mentale pour contourner le problème du moment ...
    moi , avec mon cerveau "zèbre" ( on est vernis lol )je constate et surement interprête ; en lui disant que c'est au niveau du mental, du cognitif qu'il faudrait "corriger" ses angoisses ....lui préfère penser que c'est en développant sa musculature et ses compétences de combattant (qu' n'a absolument pas ) qu'il saura ressentir ses facultés de defense ou d' attaque (lui qui est gaulé comme une hirondelle )
    .....au cas où...
    voilà , j'avais besoin de le dire et de demander un peu d'aide ...
    merci
    ....

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    1. Bonjour Rose, puisque vous m'écrivez en commentaire public je vous réponds de la même façon, peut-être notre conversation permettra-t-elle à d'autres personnes d'y voir plus clair dans leur propre parcours et éventuellement d'intervenir pour exprimer leur expérience personnelle. Vous ne m'indiquez pas l'âge de votre ami. C'est un élément important pour la réponse plus claire que je pourrais vous donner, mais si vous ne souhaitez rien dévoiler de personnel en public vous pouvez le faire en privé (le lien contact en marge droite est fait pour cela). J'ai envie de vous dire que déjà vous avez fait le pas le plus important en réussissant à en parler avec lui et qu'il ne soit pas hostile à cette révélation. Concernant les personnes avec autisme, qui restent pour la plupart accrochées à leurs certitudes, ce qui fait dire vulgairement qu'elles sont "têtues", il faut toujours leur permettre d'avancer dans la confiance. C'est par expérience ce qui me semble fonctionner le mieux. Or, cette confiance, elle semble déjà exister à votre égard de la part de votre ami. Alors, je dirais, deuxième mot important : patience. Cela va prendre du temps, mais cela se fera. Par des détours vous l'amènerez à réfléchir. Rien n'est perdu dans ce que l'on dit à un Aspie, mais cela prend du temps à faire le chemin dans le labyrinthe du cerveau. Comme vous l'avez lu, tout est histoire de réception, de transmission, d'assimilation et de renvoi de l'information. A vous lire, je reconnais quelque part "mon" Gabriel que vous aurez découvert également entre les pages comme quelqu'un de sûr de lui et de ses convictions, très sûr aussi de ses capacités physiques alors que comme vous le dites il est de la même façon que votre ami "gaulé comme une hirondelle" LOL. Voilà ce que je peux vous dire publiquement. Si par ailleurs vous voulez échanger plus personnellement, n'hésitez pas à le faire par l'onglet contact. Restant à votre écoute, bien cordialement. MdA.

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